Manon Lanjouère

Demande à la poussière fait un pas de plus vers l’infime, compte les grains de poussière que l’oubli n’a point emportés, explore les maigres fissures où ont trouvé refuge les traces éphémères d’une vie passée.

A l’instar de John Adams dans I was looking at the ceiling and then I saw the sky, cet acte relate une catastrophe naturelle, ici un orage fictif symbolisant le choc émotionnel des protagonistes. La tempête, rapprochée de l’histoire d’amour, chamboule leurs mondes, effrite la réalité et redéfinit une nouvelle façon de vivre.

Le cheminement suit la lutte face à la dévastation, la transformation de la vie intérieure. Seul dans sa chambre, l’Homme se trouve entre un état de veille et de rêve. Il contemple le plafond, le toit se dérobant sous le poids de la foudre, il fait face au ciel immense.

Cette catastrophe dont nous ne garderons que la signification sans jamais évoquer ni raison ou contenu, est au cœur de ma démarche en la prolongeant jusqu’à l’usage du médium. Les poussières liées à la pratique de l’argentique représentent cet infiniment grand ainsi que les autres altérations, qui deviennent un sujet à part entière.

A travers cette « ballade entre l’infiniment grand et l’infiniment petit » (Sophie Ristelhueber) j’écris la résurgence d’une empreinte, la remontée d’un souvenir engendré par la rencontre de lieux familiers, la remembrance à travers un objet, la spiritualité que révèle en nous un paysage. Ici nous rentrons dans un autre espace, où le corps n’est plus là, un espace qui ne connaît pas sa limite et qui disparaît dans des fragments de souvenirs qui se recomposent.

Ne laisse sa trace dans la poussière que ce que le vent d’une vie a bien voulu pour nous préserver.

 All images and text © Manon Lanjouère

Manon Lanjouère
Demande à la poussière - L'empreinte du ciel -