Le Laboratoire de l’Univers - Pauline Coste 
(à propos du projet d’exposition, regroupement de différentes séries)


« [...] n’est-il pas agréable d’exercer notre esprit dans la contemplation des grands spectacles de la nature ? N’est-il pas utile de savoir au moins sur quoi nous marchons, quelle place nous occupons dans l’infini, quel est ce soleil dont les rayons bienfaisants entretiennent la vie terrestre, quel est ce ciel qui nous environne,quelles sont ces nombreuses étoiles qui pendant la nuit obscure répandent dans l’espace leur silencieuse lumière? ». Camille Flammarion


Plongé dans des espaces intimes, physiques, ou métaphysiques, le travail pluridisciplinaire de Manon Lanjouère interroge nos imaginaires et révèle un séduisant alliage de sciences et de poésie. Traditionnellement opposées, ces deux disciplines disposées sur un même plan dégagent une inquétante étrangeté plastiquement et photographiquement attractive. Le fil rouge en est la fiction, qui, au cœur de sa création, se tient au service des récits qu’elle tisse à chaque projet. L’appel au rêve que suggère un ciel étoilé est-il vain depuis le premier pas de Neil Armstrong sur la lune ? Et si l’on remonte le Temps, quels étaient alors les moyens concrets d’observation de l’Univers ?

Le Laboratoire de l’Univers interroge notre perception historique du ciel au-delà de la voûte céleste, en direction du Cosmos ; cet infini imperceptible à l’œil nu qui, dans l’histoire de l’Homme, a alimenté de nombreux fantasmes. Comme un immense écran noir, le ciel est une stupéfiante surface de projection qui accueille nos aspirations les plus futuristes et nous pousse à réfléchir sur nos rapports à la Terre et à l’Univers. Avant l’invention de la fusée, l’imaginaire– domaine fantastique et intarissable stimulé par l’observation de l’inconnu – n’était-il pas à l’origine de propositions savantes ? En 1902, la lune de George Méliès se voyait aveuglée par une fusée d’atterrissage ressemblant à s’y méprendre à un télescope.

Entre observateur et observatoire ce jeu de dupe technologique purement visuel est une clé de lecture de l’œuvre de Manon Lanjouère. Inspirée des écrits scientifiques de vulgarisation du XIXème siècle – tels que ceux de Camille Flammarion – et partant des outils d’observation terrestre pour atteindre le splendide céleste, ce projet cherche à reconstruire le cabinet de curiosité d’un collectionneur boulimique amateur d’astronomie.

Dans Le Laboratoire de l’Univers l’artiste brouille les pistes temporelles de l’observation du ciel en jonglant avec les multiples moyens de représentations de celui-ci. Collages, archives, photographies, fragment d’astéroïde en bouteille, sculptures, assemblages de ready-made et écrits poétiques, ses productions sont autant de recherches scientifiques que d’artifices. La création de faux témoins, véritable leitmotiv de son travail, révèle l’ambiguïté de nos perceptions pour mieux nous tromper. Le regardeur sollicité se fait alors chercheur en s’interrogeant sur la véracité du médium photographique et des pièces présentées. L’image n’est plus reine mais sujet. Un satellite au service du récit.

Entre laboratoire de recherches scientifiques, cabinet de curiosité et objets-témoins d’un ailleurs cosmique, l’exposition Le Laboratoire de l’Univers cherche ainsi à nous faire perdre pied, nous invitant à pénétrer dans le monde poétique et fictionnel de Manon Lanjouère, qui par cette mise en scène fantasmagorique stimule notre imaginaire et nous interroge sur ce qui nous est donné à voir.


The Laboratory of the Universe - Pauline Coste
(about the exhibition project, combination of different bodies of work)


“ [...] is it not nice to exercise our mind in contemplating nature’s great spectacles? Is it not useful to know at least what we are walking on, what place we occupy in the infinite, what is this sun whose beneficial rays sustain earthly life, what is this sky that surrounds us, what are these many stars that during the dark night spread their silent light in space?”. Camille Flammarion

Immersed in intimate, physical or metaphysical spaces, Manon Lanjouère's multidisciplinary work questions our imaginations and reveals a seductive blend of science and poetry. Traditionally opposed, these two disciplines arranged on the same level exude a disturbing strangeness, both plastically and photographically attractive. The common thread is fiction, which, at the heart of her creation, is at the service of the stories she weaves into each project. Is the call to dream suggested by a starry sky vain since Neil Armstrong's first step on the moon? And if we go back in time, what were the concrete means of observing the Universe?

The Laboratory of the Universe questions our historical perception of the sky beyond the celestial vault, towards the Cosmos; that infinity imperceptible to the naked eye which, in the history of Man, has fuelled many fantasies. Like an huge black screen, the sky is an astonishing projection surface that welcomes our most futuristic aspirations and pushes us to ponder on our relationship with the Earth and the Universe. Before the invention of the rocket, wasn't the imaginary - a fantastic and inexhaustible field stimulated by the observation of the unknown - the source of scientist proposals? In 1902, George Méliès' moon was blinded by a landing rocket that looked like a telescope.

Between observer and observatory, this purely visual game of technological dupe is a key to reading Manon Lanjouère's work. Inspired by the popular scientific writings of the 19th century - such as those of Camille Flammarion - and using earth observation tools to reach the splendid celestial, this project seeks to reconstruct the curiosity cabinet of a bulimic astronomy enthusiast collector.

In The Laboratory of the Universe the artist blurs the temporal tracks of sky observation by juggling with the multiple means of representation of the sky. Collages, archives, photographs, bottled asteroid fragments, sculptures, ready-made assemblages and poetic writings, her productions are as much scientific research as they are artifice. The creation of false witnesses, the true leitmotif of her work, reveals the ambiguity of our perceptions in order to better mislead us. The viewer becomes a researcher by questioning the veracity of the photographic medium and the pieces presented. The image is no longer queen but subject. A satellite at the service of the story.

Between a scientific research laboratory, a curiosity cabinet and witness objects from a cosmic elsewhere, the exhibition The Laboratory of the Universe thus seeks to make us lose our footing, inviting us to enter the poetic and fictional world of Manon Lanjouère, who through this phantasmagorical staging stimulates our imagination and questions us about what we are given to see.

Instagram / Facebook / Studio : contact@manonlanjouere.com
Member author of the ADAGP. An authorization is necessary for any use of the works





 

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