Pulvérulence de la photographie : nuées, poussières stellaires, brouillard et brouillage - Bruno Dubreuil
(à propos de la série Demande à la Poussière)



Dès ses origines, la photographie est partie en quête du ciel, de la lune et des étoiles. Cherchant des points lumineux dans la nuit noire, ou l'excès de visibilité du soleil, de la foudre et des phénomènes électriques. C'est qu'elle avait faim de voyages, sur terre, sur mer, dans les astres aussi bien qu'à l'intérieur des corps et jusque dans les plus infimes divisions corpusculaires. Ce qu'elle a trouvé en chemin, ce n'est rien d'autre qu'elle-même, cette écriture de lumière capable de survivre au temps.

Mais plus encore qu'une autre exposition sur la photographie se mirant elle-même (ce qui est presque devenu une rhétorique aujourd'hui), ce serait une exposition sur le regard. Ou plutôt sur les regards. Autant de regards que de démarches. Autant de regards que de spectateurs. Mais alors, quels regards ?

Celui qui fait corps avec le monde, s'y plonge sans retenue : le regard qui aime à se perdre dans les espaces infinis, ceux qui apparentent la poussière inframince de notre quotidien aux nébuleuses interstellaires. Cette perte de l'échelle, du microscopique au macroscopique, comme un éternel jeu optique, un état d'enfance innervé d'imaginaire. Le regard par atomisation, Sandrine Elberg.

Il y a aussi le regard qui se concentre sur un simple point jusqu'au vertige de l'hypnose. Des éclairs de flashes répétés viennent frapper la surface photosensible constituée, couche après couche, de gomme bichromatée, cette technique historique de la photographie que le tireur dépouille avec le pinceau. La couleur presque par accident. Le regard par concentration intense, Mustapha Azeroual.

Et enfin, le regard qui creuse, fouille, scrute. Cherche à percer l'opacité, repousser la nuit et franchir les espaces du temps. Pour trouver quoi ? Conjurer quelles angoisses ? Echapper à quelles peurs ? Car depuis les origines, les hommes ont relié les éléments et les fils de la vie pour faire naître des récits, afin de donner sens à ce vertige infini. Retrouver le fil des histoires, construire une fiction. Le regard narrateur, Manon Lanjouère.

Le regard se dissout dans les images, notre corps s'y projette, il devient points, lignes, formes, silhouettes. Considère enfin ceci : quand le grain du cosmos se confond avec les comètes argentiques, le voir n'est rien d'autre que du désir, aux frontières de la preuve et de l'imagination. Regarder les photographies ou les étoiles, ce n'est jamais que chercher notre position dans le monde.


Pulverulence of photography : swarms, stellar dust, fog and interference - Bruno Dubreuil
(about the series Demande à la Poussière)



Since its origins, photography has been in search of the sky, the moon and the stars. Searching for points of light in the dark night, or the excessive visibility of the sun, the lightning strike and electrical phenomena. It was hungry for travel, on land and at sea, in the stars as well as in bodies and even in the most infirm corpuscular divisions. What she found along the way was nothing but herself, that writing of light capable of surviving time.

But even more than another exhibition about photography looking at itself (which has almost become rhetoric today), it would be an exhibition about the gaze. Or rather on looks. As many looks as there are steps. As many looks as there are spectators. But then, what looks?

The one that goes hand in hand with the world, in which it immerses itself without restraint : the look that likes to lose itself in infinite spaces, those that relate the infra-thin dust of our daily life to interstellar nebulae. This loss of scale, from the microscopic to the macroscopic, like an eternal optical game, a state of childhood innervated with imagination. The look by atomization, Sandrine Elberg.

There is also the look that concentrates on a simple point to the vertigo of hypnosis. Repeated flashes strike the photosensitive surface made up, layer after layer of bichromate gum, this historical technique of photography that the shooter strips with the brush. Colour almost by accident. The look by intense concentration, Mustapha Azeroual.

And finally, the look that digs, searches, scrutinizes. Seeking to pierce the opacity, to push back the night and cross the spaces of time. To find what? To conjure up what anxieties? To escape what fears? Because since the beginning, men have linked the elements and the threads of life to create stories, to give meaning to this infinite vertigo. To find the thread of the stories, to build a fiction. The narrator's look, Manon Lanjouère.

The look dissolves itself in the images, our body projects itself into them, it becomes points, lines, shapes, silhouettes. Finally, considers this : when the grain of the cosmos merges with the silver comets, seeing is nothing but desire, at the frontiers of proof and imagination. Looking at photographs or at the stars is never more than looking for our position in the world.






 

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